Un restaurateur de Lyon me montrait ses relevés Booking en début d'année. Il faisait 28 000 € de chiffre d'affaires par mois. Booking lui prenait 18 %. Ça fait 5 040 € qui partent chaque mois, sans discussion, sans facture détaillée, sans qu'il ait son mot à dire. Il ne s'en était jamais vraiment rendu compte parce que l'argent est prélevé avant même qu'il le touche. C'est le génie du modèle : la douleur est invisible.
C'est ça, la vraie question derrière les commissions Booking et TheFork. Pas "combien ça coûte" en théorie, mais combien ça part concrètement chaque mois, et si ça vaut encore le coup en 2026.
L'essentiel
- Booking.com prélève entre 15 % et 25 % du montant de chaque réservation. Un hôtel qui fait 20 000 € via la plateforme verse entre 3 000 et 5 000 € de commissions par mois, avant même de payer ses charges.
- TheFork facture 2,60 € par couvert pour chaque nouveau client, plus un abonnement mensuel estimé entre 30 et 160 € selon le plan. Un restaurant de taille moyenne peut perdre 1 000 à 1 500 € par mois rien qu'en commissions TheFork.
- La dépendance aux plateformes n'est pas une fatalité : un canal de réservation directe (site propre, référencement local, Google Ads ciblés) réduit la facture et construit une clientèle qui vous appartient.
- Quitter Booking ou TheFork sans alternative en place est risqué. La bonne stratégie est progressive : capter via la plateforme, fidéliser en direct.
Ce que Booking.com prend réellement à un hôtel
Le calcul brut, sans arrondi flatteur
Booking.com ne publie pas de grille tarifaire fixe. Le taux de commission dépend du contrat signé à l'inscription, du niveau de visibilité que l'hôtel choisit et des programmes optionnels (Genius, Preferred Partner). Selon les données publiées par PriceLabs, la commission standard oscille entre 15 % et 25 % du montant total de la réservation, avec une moyenne autour de 15 à 18 % pour un établissement classique qui ne surenchérit pas sur la visibilité.
Prenons un hôtel 3 étoiles de 30 chambres à Lyon. Prix moyen par nuit : 110 €. Taux d'occupation via Booking : 60 %. Ça donne, sur un mois de 30 jours : 30 chambres × 0,60 × 30 nuits × 110 € = 59 400 € de chiffre d'affaires Booking. À 18 % de commission, la facture est de 10 692 € par mois. Par an : 128 304 €. Pour un seul hôtel.
Ce chiffre ne sort pas d'un modèle théorique. C'est le calcul que je fais systématiquement quand un hôtelier me demande pourquoi sa marge fond. La réponse est souvent là, dans cette ligne invisible du compte de résultat.
Les frais cachés que personne ne lit
La commission de base n'est pas le seul poste. Booking propose des programmes payants pour améliorer le positionnement dans les résultats de recherche. Le programme Preferred Partner, par exemple, augmente la visibilité en échange d'un taux de commission plus élevé. Les hôtels qui jouent ce jeu pour rester visibles face à la concurrence peuvent se retrouver à payer 20 à 25 % sur une partie de leur volume.
Il y a aussi la parité tarifaire, une clause contractuelle qui oblige l'hôtel à ne pas afficher un prix plus bas sur son propre site que sur Booking. Cette règle a été assouplie en Europe suite à des décisions réglementaires, mais dans les faits, beaucoup d'hôteliers la respectent encore par peur de perdre leur visibilité sur la plateforme. Résultat : ils ne peuvent pas inciter le client à réserver en direct en offrant un meilleur prix. C'est un verrou commercial autant qu'une commission.
Ce que TheFork coûte à un restaurant chaque mois
La mécanique des 2,60 € par couvert
TheFork fonctionne différemment de Booking. Il n'y a pas de commission sur le montant total du repas, mais une commission fixe par couvert pour les nouveaux clients, c'est-à-dire les personnes qui n'ont jamais réservé dans votre restaurant via la plateforme. En 2026, ce montant est de 2,60 € par couvert, selon les données publiées par The Good Seat et confirmées par plusieurs restaurateurs que j'ai rencontrés.
En parallèle, il y a un abonnement mensuel pour accéder au logiciel de gestion des réservations. Les estimations sectorielles le situent entre 30 et 160 € par mois selon le plan choisi, environ 90 € en moyenne pour un restaurant standard.
Faisons le calcul pour un restaurant qui tourne à 40 couverts par jour. Si 40 % de ces couverts passent par TheFork, soit 16 couverts par jour, et que la moitié sont des nouveaux clients (8 couverts), la commission journalière est de 8 × 2,60 € = 20,80 €. Sur 30 jours : 624 €, plus l'abonnement de 90 €. Total : 714 € par mois.
Mais si le restaurant est plus actif sur la plateforme, avec 16 couverts par jour tous en primo-visiteurs (scénario d'un restaurant qui se lance ou qui fait beaucoup de promotion via TheFork), la facture grimpe à 16 × 2,60 € × 30 = 1 248 €, plus l'abonnement. Soit environ 1 338 € par mois. C'est le calcul que publie restoboard.fr, et il colle à ce que j'observe sur le terrain.
Quand TheFork devient une drogue douce
Le problème de TheFork n'est pas le montant de la commission en lui-même. C'est ce qu'il crée comme dépendance comportementale. Un restaurant qui reçoit 30 % de ses réservations via TheFork a du mal à imaginer couper ce robinet. La plateforme est devenue une partie de son chiffre d'affaires. Et plus il est visible sur TheFork, plus il attire des clients qui ne connaissent pas son site, ne connaissent pas son numéro de téléphone, et réserveront encore via TheFork la prochaine fois.
J'ai parlé à un restaurateur du 7e arrondissement de Lyon qui avait tenté de désactiver son compte TheFork pendant deux semaines. Il a perdu environ 20 % de ses réservations sur la période. Il a réactivé. Ce n'est pas une critique de sa décision, c'est une illustration du problème : quand on n'a pas construit d'alternative solide, on ne peut pas partir.
Hôtel ou restaurant : qui perd le plus ?
Une comparaison qui n'est pas flatteuse pour les hôteliers
En valeur absolue, les hôtels paient davantage. Un pourcentage sur le montant total d'une nuit d'hôtel représente beaucoup plus qu'une commission fixe par couvert. Un hôtel qui fait 30 000 € via Booking à 18 % verse 5 400 € par mois. Un restaurant qui fait le même chiffre d'affaires ne paiera jamais autant à TheFork, parce que la commission n'est pas indexée sur le montant du repas.
En revanche, les restaurants subissent un autre effet pervers : les promotions imposées par TheFork. La plateforme propose régulièrement des campagnes de réduction (Yums, offres spéciales) qui attirent des clients mais réduisent la marge par couvert. Un restaurant qui participe à ces promotions pour gagner en visibilité peut se retrouver à servir un repas avec une marge nette quasi nulle une fois la commission et la remise déduites.
Le vrai coût, c'est le client qu'on ne possède pas
Il y a un coût que personne ne calcule jamais dans ces comparaisons : le coût de ne pas connaître son client. Quand une réservation passe par Booking ou TheFork, l'établissement reçoit un prénom et une date d'arrivée. Pas d'adresse mail directe utilisable pour relancer, pas d'historique accessible librement, pas de relation construite. La plateforme garde le lien avec le client. L'établissement fait la prestation.
C'est la vraie asymétrie du modèle. Booking et TheFork ont construit des bases de millions de clients fidèles à la plateforme, pas à l'établissement. Le client retourne sur Booking pour chercher son prochain hôtel, pas sur le site de l'hôtel où il a bien dormi. C'est un choix de design délibéré, et il coûte aux établissements bien plus que le pourcentage affiché.
Peut-on vraiment s'en passer ?
Oui, mais pas comme ça
La réponse courte : oui. La réponse honnête : pas du jour au lendemain, et pas sans avoir construit quelque chose d'autre avant. J'ai vu des établissements quitter Booking brutalement après avoir lu un article sur les commissions. Résultat : une chute de taux d'occupation de 25 à 40 % pendant trois à six mois, le temps que leur propre visibilité en ligne se construise. C'est un luxe que peu de PME peuvent se permettre.
La bonne stratégie est progressive. On garde la plateforme comme canal d'acquisition pour les nouveaux clients, mais on investit en parallèle pour que ces clients reviennent en direct la fois suivante. Un site qui convertit, un moteur de réservation propre, un travail de référencement local sur Google, et si le budget le permet, des campagnes Google Ads ciblées sur des requêtes de marque ou de localisation. Ce n'est pas une question de technologie, c'est une question de ne pas laisser une plateforme posséder votre relation client à votre place.
Ce que ça rapporte concrètement de récupérer ses réservations directes
Prenons l'hôtel de 30 chambres cité plus haut. S'il parvient à déplacer 30 % de son volume Booking vers des réservations directes, il économise environ 3 200 € par mois de commissions. Soit 38 400 € par an. Pour un investissement dans un site optimisé et quelques mois de référencement local, le retour sur investissement est évident.
Ce type de raisonnement, c'est exactement ce qu'on applique chez Eclixia quand on construit une stratégie pour un établissement. On regarde d'abord ce qui part, puis on calcule ce qu'il faudrait investir pour récupérer une partie de cette marge. Si vous voulez qu'on fasse ce calcul pour votre situation, contactez-nous, c'est gratuit et ça prend 20 minutes.

Ce que les plateformes ne vous diront jamais
Le discours officiel vs la réalité terrain
TheFork communique régulièrement sur sa valeur ajoutée pour les restaurateurs : visibilité, nouveaux clients, logiciel de gestion inclus. Booking met en avant son audience mondiale et ses millions d'utilisateurs actifs. Ces arguments sont vrais. La question n'est pas si ces plateformes apportent quelque chose, c'est à quel prix, et si ce prix est justifié au regard de ce qu'un établissement pourrait construire en parallèle.
Ce que les plateformes ne disent pas, c'est que leur modèle est structurellement conçu pour que vous restiez dépendant. Plus vous êtes visible sur Booking, plus vos clients ont le réflexe Booking. Plus vous êtes actif sur TheFork, moins vos clients pensent à appeler directement. C'est cohérent avec leur intérêt, pas avec le vôtre.
L'angle que personne n'aborde : la valeur de vos données clients
Voici ce que j'observe rarement dans les comparatifs de commissions : les plateformes monétisent vos clients bien au-delà de la commission qu'elles vous facturent. Booking utilise les données de comportement de vos clients pour améliorer son algorithme, cibler des publicités, et fidéliser ces clients à sa propre marque. Vous payez une commission, et en échange, vous leur fournissez aussi de la donnée. La transaction est donc encore moins favorable qu'elle n'y paraît au premier chiffre.
C'est un argument que je ne vois jamais dans les articles sur le coût de TheFork ou de Booking. Pourtant, pour un établissement qui réfléchit à long terme, c'est peut-être le plus important. Chaque réservation qui passe par une plateforme est une occasion manquée de connaître un peu mieux votre propre clientèle.
Par où commencer si vous voulez reprendre la main ?
Trois actions concrètes, dans l'ordre
Première chose : calculez ce que vous payez vraiment. Pas la commission affichée, le montant réel prélevé sur les douze derniers mois. Ce chiffre, souvent, est le meilleur argument pour décider d'agir.
Deuxième chose : construisez un site qui donne envie de réserver en direct. Pas une vitrine statique avec un numéro de téléphone, un vrai site avec un moteur de réservation intégré, des photos qui font envie, et des avis Google visibles. C'est la base. Sans ça, même si un client veut réserver en direct, il ne sait pas comment faire.
Troisième chose : travaillez votre visibilité locale sur Google. Quand quelqu'un tape "hôtel Lyon centre" ou "restaurant italien 6e Lyon", est-ce que vous apparaissez avant Booking et TheFork ? Si non, c'est là que se joue votre indépendance. Un bon référencement local, combiné à des campagnes Google Ads bien ciblées, peut générer des réservations directes à un coût bien inférieur aux commissions que vous payez aujourd'hui. C'est le genre de stratégie qu'on détaille dans nos solutions pour les PME qui veulent arrêter de subir.
La dépendance aux plateformes n'est pas une loi de la nature. C'est le résultat d'un manque d'alternative. Et construire cette alternative, ça commence toujours par le même calcul : combien je perds aujourd'hui, et combien ça coûterait d'en récupérer la moitié.
FAQ
Combien prend TheFork de commission par couvert ?
TheFork facture 2,60 € par couvert pour les nouveaux clients (premiers visiteurs). Pour les clients déjà connus du restaurant, la commission est nulle si la réservation passe par un canal direct. En pratique, un restaurant qui reçoit 40 couverts par jour via TheFork paie entre 1 200 et 1 500 € par mois, abonnement inclus.
Quelle est la commission de Booking.com pour un hôtel ?
Booking.com prélève en général entre 15 % et 25 % du montant total de chaque réservation. Un hôtel qui réalise 20 000 € de chiffre d'affaires mensuel via la plateforme verse donc entre 3 000 et 5 000 € de commissions. Le taux exact dépend du contrat signé et du niveau de visibilité choisi.
Comment réduire sa dépendance à Booking ou TheFork ?
La stratégie la plus efficace est de capter les clients une première fois via la plateforme, puis de les inciter à réserver en direct la fois suivante (site propre, moteur de réservation, programme de fidélité). Un travail de référencement local et des campagnes Google Ads ciblées permettent aussi de générer des réservations directes sans commission.
Peut-on quitter Booking ou TheFork sans perdre des clients ?
Oui, mais pas du jour au lendemain. La bonne approche est progressive : construire un canal direct solide (site, référencement, avis Google) avant de réduire la visibilité sur les plateformes. Quitter brutalement sans alternative en place revient à couper un robinet sans en ouvrir un autre.
Quel budget faut-il pour créer un système de réservation directe ?
Un site bien fait avec un moteur de réservation intégré coûte entre 1 500 et 5 000 € selon la complexité. C'est souvent amorti en deux à trois mois si les commissions économisées dépassent 1 000 à 2 000 € par mois, ce qui est le cas de beaucoup d'établissements actifs sur Booking ou TheFork.



