La plupart des hôteliers que je rencontre ont le même problème : des demandes de réservation directe qui arrivent par email, par téléphone, via le formulaire du site, parfois par un salon professionnel, et aucun endroit unique pour tout suivre. Résultat : des devis oubliés, des relances qui partent trop tard, et des chambres qui finissent sur Booking.com parce que le client n'a pas eu de réponse à temps.
Un pipe commercial Excel pour hôtel, c'est simplement un fichier qui centralise toutes les demandes en cours, leur statut et ce qu'il faut faire demain. Rien de plus. Mais bien construit, il change radicalement la façon de piloter les réservations directes.
Étape 1 : cartographier vos sources de réservations directes
Avant d'ouvrir Excel, il faut savoir ce qu'on va y mettre. La question est simple : par où arrivent vos demandes sans commission ?
Identifier chaque canal d'entrée
Pour un hôtel de 20 à 80 chambres, les canaux directs les plus fréquents sont le formulaire de contact du site, l'email générique, le téléphone, les salons et foires professionnelles, les partenariats entreprises (séminaires, déplacements réguliers) et les demandes de groupes. Chaque canal mérite sa propre ligne dans votre pipe, avec une étiquette claire. C'est ce qui vous permettra, dans trois mois, de savoir lequel transforme le mieux.
Chiffrer ce que vous perdez sans suivi
Prenez vos 30 derniers jours. Combien de demandes directes avez-vous reçues ? Combien ont abouti à une réservation confirmée ? Si vous ne savez pas répondre à ces deux questions précisément, c'est que le problème est déjà là. Selon les données que j'observe sur les dossiers hôteliers qu'on accompagne, un devis sans relance dans les 48 heures a deux fois moins de chances d'être confirmé qu'un devis suivi d'un appel ou d'un email personnalisé. Ce n'est pas une statistique de cabinet de conseil : c'est ce qu'on constate en regardant les historiques email des clients.
Étape 2 : construire la structure du fichier Excel
Le fichier doit être lisible en 30 secondes. Si vous devez chercher une information, il est mal conçu.
Les colonnes indispensables
Voici les colonnes à créer dans l'ordre, sur un premier onglet que vous appellerez « Demandes en cours » :
- Date de contact, le jour où la demande est arrivée.
- Nom / Entreprise, le prospect ou le groupe.
- Canal, formulaire, appel, email, salon, partenariat.
- Type de séjour, loisir individuel, séminaire, groupe, déplacement pro.
- Dates souhaitées, arrivée et départ.
- Nombre de chambres.
- Montant estimé (€), votre devis ou une estimation rapide.
- Statut, voir ci-dessous.
- Date de relance, la prochaine action à faire.
- Probabilité (%), votre estimation honnête des chances de confirmation.
- Prévision pondérée (€), formule automatique : montant estimé × probabilité.
- Notes, un champ libre pour les détails importants.
Coder les statuts avec des couleurs
Cinq statuts suffisent : « Premier contact », « Devis envoyé », « En attente de réponse », « Confirmé », « Perdu ». Associez une couleur à chacun via la mise en forme conditionnelle d'Excel. D'un coup d'œil sur la colonne, vous voyez ce qui est chaud, ce qui attend et ce qui est fermé. Pas besoin de lire chaque ligne.
Étape 3 : calculer votre prévision de chiffre d'affaires direct
C'est la colonne que la plupart des hôteliers n'ont pas, et c'est pourtant celle qui change tout pour piloter.
La formule de prévision pondérée
La logique est simple. Un séminaire de 12 personnes à 4 800 € avec 70 % de chances de se confirmer vaut 3 360 € dans votre prévision. Un groupe de 20 chambres à 9 000 € mais avec seulement 20 % de probabilité vaut 1 800 €. En additionnant toutes ces lignes, vous obtenez une projection réaliste de ce que vos réservations directes vont rapporter ce mois-ci, sans compter des deals qui ne se feront jamais.
Lire la prévision chaque lundi
Prenez l'habitude de regarder ce total chaque début de semaine. Si la prévision baisse, ce n'est pas forcément que vous avez moins de demandes : c'est peut-être que vos probabilités sont honnêtes et que vous avez des devis qui traînent sans relance. C'est le signal pour agir, pas pour paniquer.
Étape 4 : organiser les relances pour ne rien laisser passer
Un devis envoyé sans relance, c'est de l'argent laissé sur la table. C'est le point sur lequel les hôtels perdent le plus, et c'est le plus simple à corriger.
Filtrer par date de relance chaque matin
Chaque matin, ouvrez le fichier et filtrez la colonne « Date de relance » sur la date du jour. Vous voyez immédiatement qui appeler ou qui relancer par email. Aucune demande ne doit rester sans action plus de cinq jours ouvrés après l'envoi d'un devis. Ce délai n'est pas arbitraire : passé une semaine, le prospect a souvent déjà réservé ailleurs ou a oublié l'échange.
Mettre à jour le statut après chaque action
Après chaque appel ou email, mettez à jour le statut et la date de relance suivante. Cela prend 30 secondes. C'est la discipline qui fait tenir le fichier dans la durée. Un pipe commercial qui n'est pas mis à jour quotidiennement n'est plus un outil de pilotage : c'est une liste de tâches abandonnées.
Étape 5 : construire un tableau de bord mensuel
Sur un second onglet, agrégez les données du mois écoulé. Ce n'est pas de la comptabilité : c'est votre tableau de bord commercial.
Les quatre indicateurs à suivre
Le nombre de demandes reçues par canal, le taux de transformation (demandes confirmées / demandes totales), le chiffre d'affaires direct confirmé versus le chiffre d'affaires OTA sur la même période, et la durée moyenne entre la première demande et la confirmation. Ces quatre chiffres suffisent pour prendre des décisions concrètes : si le formulaire de contact convertit à 45 % et les demandes salon à 15 %, vous savez où investir votre énergie l'an prochain.
Comparer mois par mois
Gardez les données de chaque mois dans un onglet séparé ou dans un historique. La saisonnalité hôtelière rend les comparaisons en glissement annuel plus parlantes qu'une comparaison mois précédent. Août 2026 vs août 2025, c'est ce qui vous dit si vous progressez vraiment.

Étape 6 : calculer ce que vous coûtent les OTA
C'est l'angle que la plupart des modèles Excel génériques n'abordent pas, et c'est pourtant celui qui justifie tout l'effort de suivi des réservations directes.
Chiffrer la commission perdue chaque mois
Booking.com, Expedia et leurs équivalents prennent entre 15 et 22 % de commission selon les accords et les marchés, d'après les données publiées par Bpifrance dans ses guides sectoriels hôtellerie. Sur 50 000 € de chiffre d'affaires mensuel avec 60 % de réservations OTA, c'est entre 4 500 et 6 600 € qui partent en commission chaque mois. Ajoutez une colonne dans votre tableau de bord : « Commission OTA estimée ce mois ». Ce chiffre rend concret ce que vous avez à gagner en développant le direct.
Fixer un objectif de part directe
Passer de 40 % à 50 % de réservations directes sur 50 000 € de CA mensuel, c'est récupérer 5 000 € de chiffre d'affaires qui ne passent plus par un intermédiaire. Pas besoin de faire plus de nuitées : juste de capter le client avant qu'il aille sur une OTA. C'est cet objectif-là que votre pipe commercial doit servir.
Étape 7 : savoir quand passer à la vitesse supérieure
Excel est un bon point de départ. Ce n'est pas une solution définitive.
Les limites du fichier
Dès que deux personnes modifient le fichier en même temps, les erreurs de version apparaissent. Dès que vous dépassez 40 à 50 demandes actives simultanées, le fichier devient difficile à lire et à maintenir. Et Excel ne vous envoie pas de rappel automatique quand une relance est due : c'est vous qui devez penser à ouvrir le fichier chaque matin.
Les alternatives simples
La première étape au-delà d'Excel, c'est Google Sheets partagé : même logique, mais accessible à plusieurs en temps réel. L'étape suivante, c'est un outil de suivi client en ligne (un CRML'outil qui centralise et suit toute la relation client.Voir la définition →, c'est simplement un fichier client accessible depuis un navigateur, avec des rappels automatiques). Des solutions comme Notion, Airtable ou des logiciels hôteliers avec module commercial intégré prennent le relais sans que ça soit plus compliqué à utiliser au quotidien. Selon Semrush, les entreprises qui utilisent un outil de suivi structuré (quel que soit le format) augmentent leur taux de transformation de 20 à 30 % en moyenne sur les 6 premiers mois d'utilisation.
Si vous sentez que vous avez besoin d'aller plus loin que le fichier Excel mais que vous ne savez pas par où commencer, c'est exactement ce que couvre un audit growth : on regarde ce qui existe, on chiffre ce qui se perd, et on propose une structure adaptée à la taille de votre établissement. Pas de solution générique, pas de logiciel vendu à la commission.
Ce que ça change concrètement pour un hôtelier
Un directeur d'hôtel qui suit ses réservations directes dans un pipe commercial structuré sait, chaque lundi matin, trois choses que ses concurrents ne savent pas : combien de devis sont en attente de réponse, ce que ça représente en chiffre d'affaires potentiel, et ce qu'il doit faire aujourd'hui pour ne pas perdre ces dossiers.
C'est ce niveau de pilotage que notre direction growth & opérations met en place pour les établissements qu'on accompagne : pas un tableau de bord pour faire joli, mais un outil qu'on utilise ensemble chaque semaine pour prendre des décisions concrètes sur le mix de distribution, les canaux à développer et les budgets à allouer.
FAQ
Pourquoi un hôtel a-t-il besoin d'un pipe commercial Excel ?
Sans fichier de suivi, les demandes de réservation directe se perdent dans les emails, les appels restent sans relance et les devis groupes tombent dans l'oubli. Un pipe commercial Excel centralise tout : qui a demandé quoi, à quel prix, et ce qu'il faut faire aujourd'hui. C'est la base pour piloter son taux de réservation directe et réduire la dépendance aux OTA.
Quelles colonnes mettre dans un pipe commercial Excel pour un hôtel ?
Les colonnes indispensables sont : date de contact, nom du prospect ou de l'entreprise, canal d'entrée (site, appel, email, salon), type de séjour (loisir, séminaire, groupe), montant estimé, statut, date de relance et probabilité de confirmation. Une colonne de prévision pondérée (montant × probabilité) permet d'estimer le chiffre d'affaires à venir.
Comment calculer le taux de transformation d'un hôtel sur ses réservations directes ?
Divisez le nombre de réservations confirmées par le nombre total de demandes reçues sur la même période, puis multipliez par 100. Si vous avez reçu 40 demandes en juillet et confirmé 14, votre taux de transformation est de 35 %. Suivez ce chiffre chaque mois par canal pour savoir où concentrer vos efforts.
Quand faut-il passer d'Excel à un logiciel dédié pour un hôtel ?
Excel tient bien jusqu'à 30 à 50 demandes actives simultanées. Au-delà, ou dès que plusieurs personnes doivent modifier le fichier en même temps, les erreurs de version et les doublons deviennent coûteux. Un outil comme un CRM simple (un fichier client en ligne) ou un logiciel hôtelier avec module commercial prend le relais sans que ça soit plus compliqué à utiliser.
Comment réduire la commission OTA grâce au suivi des réservations directes ?
En traçant chaque réservation directe dans votre pipe commercial, vous identifiez les canaux qui fonctionnent sans intermédiaire. Si votre formulaire de contact convertit à 40 % et que Booking.com vous coûte 18 % de commission, vous pouvez chiffrer ce que vous gagnez à orienter les clients vers votre site. C'est ce calcul qui justifie un budget marketing direct.
Pour aller plus loin : notre accompagnement stratégique et audit marketing.



